
« La Syrie est un État de droit. La loi suivra son cours pour tous », a déclaré le président syrien par interim, Ahmad el-Chareh, lundi à Reuters depuis le palais présidentiel de Damas. « Nous nous sommes battus pour défendre les opprimés, et nous n’accepterons pas que le sang soit versé injustement ou qu’il n’y ait pas de comptes à rendre, même parmi ceux qui nous sont les plus proches », a-t-il poursuivi, commentant les massacres qui ont eu lieu, ces derniers jours, dans les régions alaouites.
Entre jeudi et lundi, les provinces syriennes de Lattaquié et de Tartous ont été le théâtre de massacres confessionnels qui ont fait près d’un millier de morts parmi les civils. Tandis qu’un certain flou continue d’entourer cette séquence, ses conséquences sont assurément lourdes pour la Syrie. « Pari cynique » des puissances étrangères, réaction du Hezbollah, témoignages d’un dissident de Hay’at Tahrir el-Cham et de survivants des massacres, analyse des défis auxquels est désormais confronté Ahmad el-Chareh… Nos journalistes sont mobilisés pour comprendre les enjeux de cette escalade qui représente un tournant pour la Syrie post-Assad. Découvrez une sélection de leurs articles, ci-dessous.

Comment, en 24 heures, la roue a tourné pour Ahmad el-Chareh

Après le massacre de plusieurs centaines de civils alaouites dans l’ouest du pays par des factions proches du nouveau pouvoir, le président intérimaire syrien, accusé d’avoir échoué à empêcher les plus radicaux parmi ses alliés de commettre des crimes dignes du régime renversé de Bachar el-Assad, voire pire, d’en être lui-même complice, semblait considérablement affaibli. De quoi salir l’image du gouvernement de transition vis-à-vis de la communauté internationale, mais aussi des autres minorités qui composent le pays. Sauf qu’en seulement 24 heures, le nouvel homme fort de Damas a pu reprendre la main. Les explications de Salah Hijazi

Chareh promet de punir ceux qui ont « versé le sang injustement », même ses alliés

Le président par intérim de la Syrie, Ahmad el-Chareh, a déclaré, lundi 10 mars à Reuters, que les massacres de civils alaouites constituaient une menace pour sa mission d’unification du pays, et a promis de punir les responsables, y compris ses propres alliés si nécessaire. S’il a imputé la flambée de violence de ces derniers jours à une ancienne unité militaire loyale au frère d’Assad et à une puissance étrangère non précisée, il a reconnu qu’en réaction « de nombreuses parties ont pénétré sur la côte syrienne et de nombreuses violations ont été commises ». Découvrez son interview.

Massacres en Syrie : le pari cynique des puissances étrangères

S’il s’est efforcé, depuis son arrivée au pouvoir, de rassurer les minorités et a exhorté ses hommes à éviter toute dérive confessionnelle, Ahmad el-Chareh semble aujourd’hui dépassé par les franges plus radicales au sein de Hay’at Tahrir el-Cham (HTC). Le massacre qui a eu lieu ces derniers jours aura des conséquences très graves pour l’avenir de la Syrie, mais divers acteurs régionaux pourraient cyniquement en tirer parti. Les explications de Soulayma Mardam Bey.

Syrie : retour à la réalité
« La haine confessionnelle est le poison le plus mortel de la région. Elle a atteint des pics en Irak et en Syrie durant cette dernière décennie. Les uns massacrent les autres. Puis les autres en font de même pour se venger. La révolution syrienne a accompli l’impossible et l’impensable en décembre dernier en s’emparant du pouvoir sans que cela ne passe par un bain de sang. Il était là le principal héritage et accomplissement du nouveau pouvoir. Et en quelques jours, il est parti en fumée. » Lire la suite de l'édito d'Anthony Samrani

Ghiath Dalla, architecte de la rébellion contre le pouvoir syrien et homme de confiance de l’Iran
Il est l’un des principaux meneurs de l’insurrection lancée jeudi soir par des partisans du président syrien déchu contre les nouvelles forces de sécurité dans les provinces côtières de Tartous et Lattaquié, berceau de la minorité alaouite dont est issu le clan Assad. Au cours des dernières heures, plusieurs internautes syriens ont même avancé que Ghiath Dalla, de confession alaouite, avait donné l’ordre de tuer des civils appartenant à sa communauté en vue de réprimer ceux qui avaient osé se rallier aux hommes du gouvernement intérimaire. Noura Doukhi vous raconte qui est cet homme.

« Le monde doit savoir » : les confidences d’un dissident de HTC

Ibrahim ne veut plus entendre parler de politique. Le dos courbé, la voix basse, cet ancien haut responsable de Hay’at Tahrir el-Cham fait pourtant partie de ceux ayant tout misé sur la révolution syrienne dès les premiers jours. Plusieurs semaines avant l’actuelle vague de violence secouant la Syrie, cet ex-haut responsable de HTC confiait à Stéphanie Khouri le récit de son expérience, ses désaccords et ses inquiétudes quant aux dérives passées du groupe.

Massacres en Syrie : pourquoi le Hezbollah prend ses distances

Les violences confessionnelles qui ont secoué ces derniers jours la côte syrienne auraient pu être l’occasion pour le Hezbollah de faire son come-back en Syrie. Sauf que, pour le moment, le Hezbollah semble vouloir prendre ses distances avec les événements en Syrie. Les explications de Jeanine Jalkh

Ahmad el-Chareh face au défi posé par les franges les plus radicales de ses soutiens

Ahmad el-Chareh est cerné. D’un côté, le président intérimaire syrien multiplie les efforts pour venir à bout de l’insurrection menée jeudi soir par des combattants loyaux à l’ancien pouvoir. De l’autre, il doit répondre des massacres commis en représailles contre plusieurs centaines de civils, majoritairement alaouites. Trois mois après le renversement du régime Assad, Chareh est face au plus grand défi de sa présidence. L'analyse de Noura Doukhi

